Refusons la guerre. Rencontre.
L'Humanité, Article paru le 14 mars 2003

Francis Lalanne est en rage. Pas question d'une interview tranquille et relue. Il parle, presque désespéré. L'artiste vit mal ces heures de "préparatifs de guerre" et veut "comme citoyen du monde ajouter sa pierre". Il craint pour les jeunes Irakiens. Pour le monde aussi.

L'administration nord-américaine a décidé la guerre contre l'Irak. Comment réagissez-vous au conflit annoncé?
Les États-Unis, c'est cinquante États. Les Nations unies, c'est le monde. Il n'est pas question que cinquante États priment sur le concert des nations. Je me permets une comparaison qui va peut-être choquer. Peu importe. Hitler, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, a envahi la Pologne. Bush s'apprête à envahir l'Irak. Pour après quoi?
Ce qui se prépare en Irak, c'est un crime contre l'humanité. Dans ce pays, plus de la moitié de la population a moins de quinze ans. Ce sont ces gosses qui vont mourir sous les bombes. Le 11 septembre, à New York, 6 000 innocents sont morts par la folie de Ben Laden. En Irak, par la folie de Bush, il y aura chaque jour un 11 septembre au moins.

Le président Bush évoque la défense des États-Unis contre le terrorisme. Cela vous paraît-il convaincant?
Vous dites le " président " Bush. Pour moi, il n'est pas le représentant du peuple américain mais celui des forces les plus rétrogrades. Sa légitimité, il l'a doit à la Cour suprême mise en place par son père qui a désigné des deux tiers de ses membres. Il l'a doit aussi à un certain 11 septembre organisé par Ben Laden qui devient dans les faits le premier ministre du président des États-Unis. Je vois en Bush et Ben Laden un duo étrange, inquiétant.

Quelle est votre appréciation sur la position de la France?
Je veux rendre hommage au comportement des autorités françaises. Elles portent haut les idéaux de la France.

Bush évoque la dictature irakienne pour évoquer le retour de la démocratie. Une guerre pour la démocratie?
Le régime dictatorial et sanglant de Saddam Hussein doit être combattu. Mais à la tyrannie de Saddam Hussein répond la tyrannie de Bush qui s'apprête à provoquer un véritable coup d'État contre les Nations unies. De quel droit, le président des États-Unis impose-t-il au monde ce qu'il doit penser et faire?

Les artistes américains sont mobilisés contre la guerre. Quel message leur adressez-vous?
Bush n'est pas le peuple américain. Voyez les manifs à New York et ailleurs. Je salue les artistes américains en lutte contre la guerre en préparation. Ils font preuve de courage, d'intelligence, de détermination. Je regrette que nous, leurs collègues, leurs compagnons français ne soyons pas à la hauteur. Nous devons faire plus. Le Zénith du 20 mars devrait permettre de dire haut et fort que les artistes français ne veulent pas de cette sale guerre.

Entretien réalisé par José Fort